Alors que le projet de monnaie commune de l’Alliance des États du Sahel (AES) alimente depuis 2024 les discours des autorités militaires, aucune feuille de route officielle ni calendrier n’a encore été validé par les autorités concernées, laissant le dossier dans l’impasse.
Un projet évoqué mais non officialisé
L’idée d’une monnaie commune pour les trois États de l’AES, [1]réaffirmée dès février 2024 par Abdourahmane Tiani comme moyen de sortir de l’héritage du franc CFA et de renforcer la souveraineté économique, a suscité un fort retentissement médiatique et sur les réseaux sociaux. Cependant, les gouvernements du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont démenti en janvier 2026 toute annonce officielle quant à l’instauration imminente d’une nouvelle monnaie ou à l’existence d’une feuille de route concrète.
Obstacles structurels majeurs
La mise en place d’une monnaie commune suppose une coordination macroéconomique poussée, une banque centrale et des réserves de change solides pour assurer la stabilité monétaire. Les trois États de l’AES demeurent confrontés à de faibles réserves financières et à des pressions budgétaires, ce qui limite leur capacité à financer un tel chantier. Par ailleurs, l’AES n’a pas encore clarifié son retrait de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dont le franc CFA reste aujourd’hui la monnaie officielle, rendant les implications institutionnelles complexes pour une transition monétaire.
Contexte géopolitique et incertitudes
Sur le plan politique, ces pays sont dirigés par des autorités militaires depuis plusieurs années et leur sortie progressive de la CEDEAO et de ses structures économiques bouleverse les équilibres régionaux. Les discussions autour d’une monnaie commune s’inscrivent dans une perspective d’émancipation vis-à-vis des anciennes structures d’intégration, mais sans consensus concret sur les étapes à suivre.
À l’heure actuelle, l’ambition d’une monnaie unique sahélienne reste davantage un fantasme politique qu’un projet économique opérationnel, et son aboutissement pourrait nécessiter des années de négociations et de renforcement institutionnel.



