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Mali : Face aux arnaques numériques, la contre-attaque des ONG

Mali : Face aux arnaques numériques, la contre-attaque des ONG

Au Mali, Facebook, WhatsApp et d’autres plateformes sont devenus incontournables pour s’informer, échanger et chercher des opportunités. Mais, ce même espace numérique est aussi un terrain fertile pour la désinformation : faux recrutements, annonces frauduleuses, usurpation d’identité d’organisations reconnues. Face à ce phénomène, plusieurs institutions et ONG choisissent désormais d’utiliser les réseaux sociaux pour répondre, corriger et sensibiliser.

Depuis quelques années, des messages promettant bourses, emplois ou financements circulent massivement en ligne. Logos officiels copiés, langage administratif crédible, contacts WhatsApp anonymes : tout est fait pour tromper. Comme le rappelle le spécialiste en communication Dramane Souare, « la désinformation est aujourd’hui un enjeu majeur qui fragilise les ONG et les institutions ».

Pour casser cette chaîne, des organisations publient désormais des démentis visibles et rapides directement sur leurs pages officielles. UNESCO Mali a relayé une publication de l’UNESCO Côte d’Ivoire appelant à la vigilance face aux arnaques en ligne, notamment les faux certificats, contrats et offres d’emploi diffusés au nom d’organisations. Ce message rappelle que les recrutements se font uniquement par des canaux officiels et invite les internautes à vérifier systématiquement les sources, à éviter de partager des informations douteuses et à se protéger contre ces tentatives d’escroquerie.

De son côté, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) au Mali a également signalé que certains avis largement relayés sur les réseaux ne provenaient pas de lui. Les publications appellent à la prudence et rappellent les procédures transparentes mises en place par l’institution. Dans les deux cas, l’objectif est clair : protéger les populations ciblées par les arnaques et restaurer la confiance dans les informations vérifiées.

La présence en ligne des ONG, un rempart contre la désinformation

Au-delà des démentis ponctuels, la présence en ligne active et constante des organisations joue un rôle clé dans la lutte contre la désinformation. Grâce aux réseaux sociaux, les ONG peuvent montrer concrètement ce qu’elles font, informer en continu sur leurs activités, leurs missions et leurs zones d’intervention. Cette visibilité crée plus de transparence, laisse moins de zones d’ombre et réduit l’espace dont disposent les fausses informations pour se propager. Comme l’explique Dramane Souaré, cela passe par « une communication proactive et régulière » avec des contenus simples et accessibles comme des vidéos courtes, des infographies ou des messages en langues locales.

Elle évite également qu’un vide communicationnel soit exploité par ceux qui cherchent à discréditer leur action. En parallèle, ces présences numériques encouragent de bons réflexes chez les internautes : vérifier la source, recouper l’information, se méfier des messages trop urgents ou trop séduisants, éviter de partager sous le coup de l’émotion et signaler les contenus douteux. Ainsi, une communication régulière et pédagogique sur les réseaux sociaux contribue réellement à diminuer l’impact des infox.

Éduquer et vérifier : un rôle clé

En plus des formations institutionnelles, plusieurs initiatives en ligne ou hybrides sont mises en œuvre par des ONG et des institutions pour renforcer l’éducation aux médias et à l’information (EMI) au Mali. À ce niveau, Dramane Souaré souligne l’importance « du fact-checking et de la veille digitale » pour détecter rapidement les infox et y répondre.

Par exemple, en novembre 2025, le Système des Nations Unies au Mali a organisé une formation intensive pour 50 journalistes et influenceurs, axée sur la lutte contre la désinformation, les discours de haine et la manipulation de l’information en ligne, leur permettant d’acquérir des compétences en fact-checking et production de contenus fiables.

L’UNESCO Mali travaille avec des acteurs locaux enseignants, journalistes et organisations de jeunesse pour outiller les communautés aux principes de vérification, de compréhension des médias et d’analyse critique des messages, contribuant à développer l’esprit critique face aux fausses informations. Les réseaux sociaux, longtemps vus uniquement comme problème, deviennent ainsi des espaces d’apprentissage citoyen.

La société civile numérique monte au front

La riposte ne vient pas uniquement des agences internationales. Des acteurs locaux jouent aussi un rôle clé. Des organisations de la société civile, comme Internet Society Mali, ont dénoncé publiquement des faux avis circulant sous leur nom. Elles expliquent comment reconnaître une infox : fautes grossières, liens suspects, demandes d’argent, absence de site officiel. À ce propos, Dramane Souaré insiste sur la nécessité « d’occuper l’espace numérique avant les rumeurs ».

Le but est de faire en sorte que la résistance à la désinformation se construise aussi localement, avec des structures proches des communautés numériques et capables de réagir rapidement.

 ONG et citoyens : construire ensemble une vigilance numérique

Sous les messages d’alerte publiés par les organisations, les réactions des internautes sont révélatrices : beaucoup signalent d’autres arnaques, relaient les mises en garde ou demandent conseil. Cette interaction progressive entre ONG et citoyens fait naître une véritable vigilance collective.

Comme le résume Dramane Souaré, une organisation « présente, réactive et transparente » peut réduire considérablement l’espace laissé à la désinformation. Elle s’inscrit dans un travail de long terme au cœur de la citoyenneté numérique. En étant présentes sur les réseaux sociaux, en expliquant, en corrigeant et en dialoguant, les ONG contribuent à mieux informer les populations et à réduire l’emprise des rumeurs. La lutte contre la désinformation nécessite à la fois des citoyens responsables et des organisations engagées, capables d’accompagner, d’éclairer et d’éduquer aux bons réflexes : vérifier, questionner et partager avec discernement. Ainsi, l’implication continue des ONG devient un levier essentiel pour bâtir un espace numérique plus sûr et plus transparent.