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AkiliCheck : une IA pour lutter contre la désinformation

AkiliCheck : une IA pour lutter contre la désinformation
Capture d'écran de l'interface AkiliCheck

La circulation de fausses informations sur les réseaux sociaux constitue un défi majeur pour les citoyens et les professionnels des médias en Afrique. Pour y répondre, un consortium de médias africains a développé l’application mobile Akili, une intelligence artificielle pouvant vérifier des infos à la demande des utilisateurs.

Le mot « Akili », d’origine swahili et bamanakan, signifie « intelligence » ou « esprit ». Selon Sagaïdou Bilal Maïga, co-porteur du projet, ce choix traduit une volonté de s’ancrer dans les réalités linguistiques locales. L’application repose sur un chatbot, accessible via une interface mobile ou un site web, qui propose une première réponse automatisée à toute demande de vérification. L’utilisateur peut soumettre un texte ou un message vocal. « Vous posez votre question et l’application vous fournit des réponses et les sources de ces réponses-là. Si vous trouvez que les réponses ne sont pas fondées, vous pouvez rejeter la réponse, et directement, nous recevons une notification », explique Maïga. L’équipe de vérificateurs humains prend alors le relais, et une réponse plus approfondie est fournie dans un délai de 24 heures.

Une approche multilingue et hybride

Un des aspects notables du projet est l’intégration des langues locales dans le fonctionnement de l’application. Des versions en bamanakan, fulfulde et wolof sont en cours de développement, afin de permettre aux personnes non francophones d’interagir avec le chatbot. « Quelqu’un qui ne parle pas le français peut faire sa vérification dans sa langue locale en envoyant un audio au chatbot », précise Maïga. Il ajoute que cette fonctionnalité devra s’élargir à d’autres langues africaines. Elle vise à réduire les barrières linguistiques dans l’accès à l’information fiable. Le système fonctionne à deux niveaux : d’abord une réponse automatisée établie sur une base de données, puis, éventuellement, intervention humaine. « L’utilité aussi, c’est qu’en plus de l’outil, il y a des personnes humaines, des personnes ressources qui sont derrière et qui travaillent avec l’application », ajoute Maïga.

L’application permet également d’éviter la répétition de certaines vérifications : « Vous trouverez des sujets qui sont déjà vérifiés, dont les états de vérification sont disponibles, mais qui reviennent toujours en boucle. Donc, la personne peut directement vérifier.»

À la question de savoir si l’on peut véritablement faire confiance à une intelligence artificielle pour vérifier l’information, Sagaïdou Maïga précise que l’application a été conçue pour répondre à cette inquiétude en combinant technologie et expertise humaine. « Lorsque l’utilisateur ou l’utilisatrice estime que la réponse fournie par le chatbot est insuffisante ou incorrecte, une alerte est automatiquement envoyée à notre équipe de vérificateurs. Ceux-ci effectuent une analyse approfondie et transmettent une réponse dans un délai de 24 heures. » Il souligne également l’importance de la transparence : « Chaque réponse est systématiquement accompagnée de ses sources, ce qui permet à chacun de vérifier l’information et d’aller plus loin dans sa compréhension. » Selon lui, c’est précisément cette complémentarité entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine qui renforce la fiabilité du dispositif Akili.

Un usage ouvert aux citoyens et aux rédactions

Akili est conçu pour être utilisé aussi bien par des citoyens que par des professionnels de l’information. Aucune création de compte n’est nécessaire, mais un compte offre des fonctionnalités supplémentaires, comme des notifications ou l’accès à des sites spécialisés sur le fact-checking.

Les rédactions peuvent aussi intégrer Akili dans leurs pratiques professionnelles. « Tout média peut l’utiliser dans le cadre de son travail », affirme Maïga, qui voit dans cette collaboration une manière de rendre l’outil plus pertinent dans les organes de presse.

L’application s’inscrit aussi dans une démarche d’éducation aux médias. Elle permet de poser des questions sur des thématiques générales, telles que la santé, la politique ou la sécurité, dans un format interactif. « Vous êtes dans une sorte d’échange de simulation. Avec l’application, vous échangez, vous lui posez vos questions, et elle vous fournit des réponses », résume Maïga.

En parallèle, l’équipe travaille sur l’amélioration de la gestion linguistique par intelligence artificielle. « L’innovation, c’est l’intégration de l’intelligence artificielle comme moyen de lutte contre la désinformation au sens générique », souligne-t-il. Il reconnaît que le débat autour de l’IA divise, mais estime que ses apports ne doivent pas être ignorés : « Il y a des gens qui pensent que l’intelligence artificielle va tout bouleverser, va créer du chaos. Mais il y a aussi des aspects positifs qu’on pourrait tirer. »

Une expérience utilisateur contrastée

En accédant à l’application, nous découvrons une interface qui permet de poser directement des questions, de consulter des articles déjà traités par des professionnels, ainsi que deux onglets dédiés aux articles lus et aux conversations sauvegardées avec le chatbot. Nous l’avons testée pendant une journée afin d’en évaluer les points forts et les limites.

L’interface, intuitive, permet d’aller à l’essentiel. Deux modes de saisie sont proposés : l’écriture et la dictée vocale via le micro. Ce dernier peut toutefois poser des problèmes de reconnaissance, notamment selon la prononciation. En revanche, il n’est pas encore possible de soumettre directement un lien, une image ou une vidéo à vérifier, ce qui limite l’efficacité face à certains formats de désinformation.

Capture d’écran effectuée le 29 juillet 2024

Autre point faible : la section dédiée aux articles déjà publiés n’est ni suffisamment alimentée, ni régulièrement mise à jour. Le dernier article, daté du 5 février 2025, concerne uniquement le lancement de l’application. Or, une application dédiée à la lutte contre la désinformation devrait offrir un contenu constamment actualisé pour remplir pleinement sa mission.

Le projet Akili est encore en développement. Plusieurs améliorations sont en cours, notamment sur l’intégration de nouvelles langues et l’enrichissement des fonctionnalités collaboratives. Il s’agit, selon les initiateurs, de rendre les processus de vérification plus accessibles, plus rapides et mieux adaptés aux réalités des utilisateurs.