Après la disparition du groupe Wagner, la Russie a restructuré sa présence militaire sur le continent africain avec l’Africa Corps, une unité paramilitaire directement liée au ministère russe de la Défense. Un témoignage inédit d’un déserteur russe révèle les méthodes de recrutement, les bases d’entraînement et les pays africains où Moscou déploie désormais ses hommes, dont le Mali et le Togo.
Africa Corps, successeur direct de Wagner en Afrique
Depuis la mort d’Evgueni Prigojine en août 2023, le Kremlin a entrepris de reprendre le contrôle direct des opérations paramilitaires russes à l’étranger. Africa Corps est ainsi devenu l’outil central de cette stratégie en Afrique.
Selon une enquête publiée par Radio Free Europe (RFE), cette structure dépendrait du GRU, le renseignement militaire russe, et serait supervisée par le lieutenant-général Andreï Averyanov, ancien chef de l’unité 29155 spécialisée dans les opérations clandestines.
L’objectif de Moscou est clair : remplacer les mercenaires de Wagner tout en renforçant l’influence stratégique russe sur plusieurs théâtres africains.
Huit pays africains concernés, du Mali au Togo
D’après les informations recueillies par les journalistes Marc Kroutov et Sergueï Dobrynin, Africa Corps est désormais présent dans au moins huit pays : Mali, Burkina Faso, Niger, Libye, Guinée équatoriale, République du Congo, Madagascar et Togo.
Le Togo serait même devenu la principale destination récente des recrues russes, après un accord de défense signé avec Moscou en octobre 2025 pour lutter contre les incursions jihadistes dans le nord du pays.
Les salaires varient selon les missions. Au Mali, un engagé toucherait environ 200 000 roubles par mois (environ 2 500 dollars), tandis qu’en Guinée équatoriale la rémunération pourrait atteindre 300 000 roubles.
Un témoignage rare d’un déserteur russe
Le témoignage de Georgy Kochkin, un Russe de 21 ans aujourd’hui réfugié aux Philippines, offre un aperçu rare du fonctionnement interne de cette organisation.
Recruté via une annonce pour un poste informatique, il affirme avoir signé un contrat militaire sans connaître ni sa mission ni son lieu d’affectation. Les recrues sont ensuite formées sur plusieurs bases russes, notamment à Mulino, avant d’être déployées en Afrique ou parfois envoyées sur le front ukrainien.
Avant leur départ, certaines recrues recevraient même de faux passeports afin de masquer leur présence sur le continent.
Une présence russe désormais assumée
Cette évolution marque un tournant dans l’organisation de la présence sécuritaire russe en Afrique. Là où le groupe Wagner opérait officiellement comme une société militaire privée, Africa Corps apparaît désormais comme une structure directement placée sous l’autorité de l’État russe et de son appareil militaire.
Ce changement traduit une volonté de Moscou de reprendre la main sur ses opérations extérieures, après plusieurs années durant lesquelles Wagner agissait avec une relative autonomie. La transition vers Africa Corps illustre ainsi la stratégie du Kremlin visant à institutionnaliser et à encadrer directement sa présence militaire sur le continent africain.



