La présence économique de la Chine au Bénin se renforce à mesure que Pékin redéfinit sa stratégie africaine. Entre investissements, suppression de dettes et ouverture commerciale, Cotonou voit dans ce partenariat une opportunité de développement. Mais plusieurs experts mettent en garde contre le risque d’une dépendance accrue, dans un contexte où les relations économiques sino-africaines restent structurellement déséquilibrées.
Une coopération sino-béninoise qui s’intensifie
Au Bénin, l’intérêt économique chinois se confirme. Début janvier 2026, une mission économique et commerciale chinoise s’est rendue à Cotonou afin d’explorer de nouvelles opportunités d’investissement, notamment dans les infrastructures et l’industrialisation.
Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie plus large de Pékin, discutée lors des « Deux Sessions », les réunions annuelles réunissant la Conférence consultative politique du peuple chinois et l’Assemblée nationale populaire. Ces discussions doivent fixer les grandes orientations du 15ᵉ plan quinquennal chinois (2026-2030), dans lequel l’Afrique reste un partenaire stratégique.
Pour le Bénin, engagé depuis 2019 dans une politique de transformation industrielle sous l’impulsion du président Patrice Talon, ces investissements pourraient soutenir des projets structurants, notamment dans les zones économiques comme Sèmè-Kpodji.
Zéro droits de douane : une opportunité… sous conditions
Autre signal fort : Pékin prévoit de supprimer les droits de douane sur les exportations provenant de 53 pays africains à partir du 1er mai 2026, afin de faciliter l’accès des produits africains au marché chinois.
Cette mesure pourrait théoriquement favoriser les exportations béninoises, notamment agricoles. Mais la relation commerciale reste largement asymétrique : l’Afrique exporte principalement des matières premières, tandis que la Chine vend des produits manufacturés à forte valeur ajoutée.
Dans ce contexte, plusieurs analystes estiment que sans transformation locale des ressources et diversification industrielle, ces avantages commerciaux pourraient renforcer la dépendance économique.
Le défi de l’industrialisation pour le Bénin
Pour Cotonou, l’enjeu sera désormais de transformer cette coopération économique en véritable levier de développement. Le Bénin exporte encore majoritairement des matières premières vers la Chine, notamment le soja et le coton, ce qui limite la valeur ajoutée locale.
Les autorités béninoises ambitionnent donc de développer des capacités de transformation industrielle afin de diversifier leurs exportations. Mais cette stratégie nécessite des investissements lourds dans les infrastructures, la formation et l’industrialisation.
Le défi est donc clair : profiter des opportunités offertes par les investissements chinois sans reproduire les schémas de dépendance observés ailleurs sur le continent. L’équilibre entre partenariat économique et souveraineté industrielle sera l’un des véritables tests de la relation sino-béninoise dans les années à venir.



