Alors que l’Afrique revendique une position de neutralité dans la guerre en Ukraine, plusieurs ports et ressources du continent sont désormais impliqués indirectement dans l’effort de guerre russe. De la bauxite guinéenne aux routes maritimes du golfe de Guinée, en passant par l’uranium nigérien, Moscou utilise des infrastructures africaines pour sécuriser ses approvisionnements et contourner les sanctions internationales.
Depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, la Russie a développé une flotte maritime clandestine, la « dark fleet », estimée entre 600 et 1 000 navires. Ces pétroliers vieillissants et souvent immatriculés sous pavillons de complaisance opèrent des transbordements en mer et désactivent leurs balises pour échapper aux contrôles.
Plusieurs zones maritimes africaines, notamment dans le golfe de Guinée, servent de points d’appui logistiques à ces opérations, transformant des eaux africaines en espaces de contournement des sanctions occidentales.
Ressources africaines stratégiques pour l’économie de guerre russe
Au-delà du pétrole, Moscou sécurise aussi des chaînes d’approvisionnement essentielles à son industrie militaire. En Guinée, premier détenteur mondial de bauxite, le groupe russe Rusal exporte des millions de tonnes de minerai via les ports locaux vers les raffineries russes s’assurant ainsi un approvisionnement en aluminium crucial pour son industrie d’armement. Dans les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), la Russie cible aussi l’or malien et l’uranium nigérien, ressources facilement transportables et génératrices de devises hors système bancaire sous sanctions.
Golfe de Guinée : des États côtiers exposés aux dérives de la « dark fleet »
Pour les États côtiers du golfe de Guinée, l’enjeu est double : perte de recettes maritimes et risque réputationnel. L’utilisation de registres africains par des navires liés à la « dark fleet » expose les ports régionaux à d’éventuelles sanctions secondaires et fragilise la gouvernance maritime. Le Cameroun a déjà suspendu en février 2026 l’immatriculation de nouveaux navires après la découverte de fraudes liées à cette flotte, plaçant plus de 200 bâtiments sous surveillance.
Pour les hubs portuaires ouest-africains, le défi est désormais de renforcer le contrôle des pavillons, la traçabilité des cargaisons et la surveillance maritime. À défaut, l’Afrique risque de devenir une arrière-base logistique involontaire du conflit russo-ukrainien, avec des coûts économiques et diplomatiques significatifs.



